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City of life... Live it, love it!

祝你身体健康,万事如意...

Marie Fontanarava

November, 2008

Lock your target


Lundi 24 novembre

Lock your target


Le galop des chevaux. Tremblement imperceptible au départ, grondement qui monte, de plus en plus fort, faisant tinter les ballons de vin blanc les uns contre les autres, tonnerre des sabots lorsque les chevaux aux robes perlées d’écume passent juste sous vos yeux.

Les mains se serrent autour des tickets de pari. Les encouragements jaillissent, qui du sol, qui des balcons, pour les jockeys qui semblent en suspension au dessus de leurs montures.

Les lumières de la ville et des buildings alentour. Le gazon, d’un vert vif et brillant. Les noms des chevaux apparaissent à l’écran pour les parieurs, qui souvent font leur choix sur ce critère. Moi qui ne parie jamais, par peur de perdre, et parce que je n’assume pas véritablement le jeu de devoir forcer des bêtes à courir ; je me laisse tenter, une fois. Après une longue discussion avec le bookmaker qui me conseille de jouer sur le n°4, « Lock your target », je mise 40HK$ pour la course suivante.

C’est 220HK$ que je remporterai ce soir là. La chance du débutant. Mais j’emporterai aussi le martèlement des sabots, les lumières de l’hippodrome dans la nuit hongkongaise, les cris de joie des parieurs, et l’odeur de l’herbe piétinée par ces chevaux majestueux aux jambes longues et fines, auréolés d’une fine vapeur.

October, 2008

24 heures au Paradis. Ou en Enfer.

Vendredi 10 octobre 2008.

24 heures au Paradis. Ou en Enfer.

L’aube, 5h30.

La brume accroche les cimes par lambeaux. Je suis à 40 mètres de hauteur, dansune cabane dans les arbres, sous mon duvet, et ma main soulève un simple pan de la moustiquaire qui me protège. Autour de moi, le vert, à perte de vue. Des bruits fantastiques de la jungle laotienne qui se réveille en dessous de moi montent jusqu’au faîte de mon arbre centenaire.

Nuam, notre guide, « zippe » jusqu’à nous. En effet, un câble métallique nous rattache à l’amont de la colline, et pour accéder (rentrer ou sortir) de notre cabane, il nous faut enfiler un harnais que l’on attachera au câble, nous laissant filer au gré des forces de la gravité et de la célérité jusqu’à la plate forme permettant l’accès aux sentiers de randonnée.

Petit déjeuner : fruits, riz, légumes. Décoction de plantes, appelée « thé » par Nuam, mais qui ne correspond pas tout à fait à ma définition de ladite boisson. Puis chacun prend sa douche. Une douche à 40 mètres de haut, de laquelle on voit le vide entre ses pieds postés sur des caillebotis.

Vers 7h30, tout le monde est prêt. Vêtements de randonné maculées de boue de la veille, encore humides de rosée. Patchs anti moustiques, sprays répulsifs. Traitement anti palu. Chaussures de rando. Sac à dos avec trousse de soin. Gants. Harnais. Chacun zippe hors de la cabane. C’est parti pour au minimum deux heures trente de randonnée, dans la boue de la jungle, puisque nous sommes encore en période de mousson, et qu’il a plu la veille.

L’émerveillement, mêlé à la fatigue, aux muscles qui tirent, à la douleur des sangsues qui nous pompent régulièrement le sang, rampant le long des chaussures jusqu’à trouver un bout de chair libre à ventouser goulûment, imprégnant nos habits, chaussettes et pantalons, d’un sang rouge foncé. Les oreilles et les yeux aux aguets, nous guettons les gibbons, les araignées géantes, les serpents, les oiseaux.

Sueur et palpitations cardiaques accélérées. Mon sang tambourine à mes tempes. La pente est raide, et glissante de boue. Je souffle, je sue, je souffre. Je tente de ne pas me raccrocher aux arbres à l’entour, souvent couverts de sortes d’épines, encore plus souvent recouverts d’insectes divers. Enfin… La cascade. Elle est là, elle nous tend les bras de toute sa fraîcheur promise, de toute son abondance aqueuse et glougloutante. Chacun s’élance et c’est le délice de se baigner dans l’eau de cette jungle étouffante et humide, luxuriante et mystérieuse, entourés de poissons multicolores.

Nous nous laissons sécher au soleil…  

Au déjeuner, vers 11h30, fruits, riz, légumes. Puis encore deux heures trente de marche, pour retourner, par un autre chemin, jusqu’à notre point de repos nocturne, la cabane. Sueur et tremblements des muscles qui tétanisent parfois, voix qui se taisent, regards concentrés sur le sentier. Discussions sommaires avec Nuam, qui tente de parler français. Le Laos, c’est l’Indochine. Harnais, zip, cabane. Les corps s’affaissent sur le sol de bois, les petites blessures se soignent, les vêtements sont retirés, sommairement débarrassés de leur boue jusqu’au lendemain et suspendus. Douche.

Dîner. Fruits, riz, légumes. Il est 17h30. Le soleil a disparu derrière les collines, il est temps de réinstaller les moustiquaires et notre campement avant que la nuit noire ne s’abatte sur nous, dépourvus d’électricité que nous sommes. Une demie heure plus tard, la chape de plomb est tombée, ne laissant qu’une cacophonie sans nom d’oiseaux en tous genre et de bêtes inconnues sous nos pieds. On joue aux cartes, à la lueur des lampes torches, pendant peut être une heure ou deux. Puis la fatigue et le sommeil se font sentir et prennent le pas sur nos habitudes durement ancrées de noctambules urbains.

Durant la nuit, bruit sourd sur le sol de la cabane. A moitié ensommeillée, je distingue vaguement une silhouette humanoïde fouiller dans un sac près de mes affaires. Adepte farouche de la procrastination, je me rendors. Je sais désormais que les gibbons aiment le shampoing à la fraise, répandu en larges taches rosâtres sur le sol de la cabane, et sur une partie de mes affaires...

Toutes les photos, là…


September, 2008

A la recherche du Paradis sur Terre

Mardi 30 septembre 2008
A la recherche du Paradis sur Terre.

Le 1er octobre, j'aurai disparu.


Le 1er octobre, jour de fête nationale à Hong Kong (pour cause de célébration de la création de la République Populaire de Chine, le 1er octobre 1949), est un jour férié. Aussi, je pose quelques jours et pendant une semaine, je disparais.

Je m'envole pour le Laos. La jungle. Hong Kong - Bangkok - Chang Rai. Puis ensuite, cinq heures de 4x4 pour aller jusqu'à Luang Prabang, classé au patrimoine mondial de l'Unesco.

Réserve naturelle. Repaire de gibbons. Cabanes en haut des arbres en guise de logement, accessibles uniquement par cables tendus d'une cabane à l'autre, d'un arbre à l'autre. Une heure et demie de marche dans la jungle pour accéder aux cables depuis le centre d'accueil de la réserve. Du vert. A perte de vue.

Empreinte réduite au minimum, tant que faire se peut. S'il est toutefois possible de minimiser son empreinte, quoi qu'on fasse. Juste pour ouvrir les yeux sur autre chose que mes buildings quotidiens, stalagmites de béton. Chercher l'émerveillement, si ce n'est se chercher soi-même.

Paludisme. Dengue. Malaria. Grippe aviaire. Mousson. Mines antipersonnel.
Je pars avec un stock de médicaments, antibiotiques, antipaludéens, antiamariles.
J'ai changé mes HK$ pour des Baths thaïlandais et des Kips laotiens.
J'ai une bonne assurance, un bon sac à dos, de bonnes chaussures, et un bon copain.

Si c'est à moitié aussi beau que ça en a l'air, c'est qu'il ne s'agira que de l'Eden.


September, 2008

Eblouissements

Mardi 16 septembre 2008
Eblouissements
 

L’Asie du Sud Est est définitivement étonnante.

Ce week end prolongé chez nous, j’ai pris mon envol pour l’archipel des Philippines. Vers Palawan, la plus longue de ces îles.

 

La tectonique des plaques étant ce qu’elle est (et gare au petit malin qui fera un jeu de mot avec cette danse ridicule, j’ai nommé la tecktonik, qui n’est rien moins que la version SMS du langage des signes), Palawan n’est pas située du même côté que le reste de l’archipel. Ceci lui conférant ainsi une faune et une flore légèrement différente des autres îlots paradisiaques composant les Philippines.

 

Outre le fait que les images parlent souvent mieux d’elles-mêmes que tous les discours que je pourrais vous faire, je me dois aussi d’avouer que je ne trouve pas les mots. Non pas pour décrire les îles, splendides. Ni le ciel, lumineux. Ni la faune ou la flore, fascinantes. Ni même l’eau, limpide.

 

Non, rien de tout ça. Les mots me manquent pour décrire les sourires.

Au final, ce sont eux qui sont splendides, lumineux, fascinants et limpides.

August, 2008

Sa Majesté féline

Lundi 25 Aout

Sa Majesté féline

Lamma.

Lamma est un chat d’une dizaine d’années, au regard fier et tendre, doté d’un léger embonpoint. Lamma n’aime pas qu’on lui gratte le ventre, cependant, entre les oreilles, c’est bien.

Lamma a la queue coupée, séquelle d’un accident de jeunesse. Mais ici, on l’on coupe par tradition la queue des chats, son profil est juste évident. L’Empereur avait en effet estimé que le chat était un être trop parfait, qui faisait concurrence au fils du Ciel. Pour rétablir l’ordre juste (oui, l’Empereur aurait très bien pu être Royaliste huhu) tous les chats de l’Empire se sont vus défaits de leur attribut balancier.

Lamma me rejoint ce soir. Nous allons tous deux signer un contrat d’amitié à durée indéterminée. Il me jugera de ses yeux d’or, je tâcherai de mériter sa confiance. Il me gratifiera de sa discrète présence féline, je m’efforcerai de respecter son espace.

August, 2008

Préparatifs pour Nuri

Jeudi 21 août

Préparatifs pour Nuri

Cet après-midi, sur Hong Kong, nous sommes en alerte typhon catégorie 1. Ce typhon s’appelle Nuri, et il vient de l’est des Philippines. En début de soirée, le signal passera à 3 probablement. Cette nuit, c’est le signal T8 qui va être activé. Et demain matin, nous passerons en T9, jusqu’à atteindre l’apocalypse du T10, le signal d’alerte le plus haut. Quand les climatisations sont arrachées des murs. Que les fenêtres volent en éclat sous les rafales. Je ne l’ai jamais encore vécu, le dernier étant arrivé en 1999.  

A l’heure actuelle, Nuri évolue à 14km par heure vers Hong Kong, et souffle à 150km/h. Mais il est encore loin des côtes, et les typhons se réveillent à l’approche des côtes.

Alors, ce soir, en sortant du boulot, je vais faire trois courses, au cas où ça dure un peu, histoire d’avoir à manger et à boire à la maison. Je vais mettre du scotch sur les vitres, et tout calfeutrer. Je vais bien fermer, les rideaux, vu qu’on n’a pas de volets ici, en cas d’éclats. Je vais débrancher toutes les prises de courant. Et mettre des serpillières sous les fenêtres.  

Attendre l’apocalypse.

Pour info, la petite étoile rouge, sur le trajet du typhon, c’est chez moi.

Pour l'instant, je ne me suis pas encore envolée...

 T9  

Coucou tout le monde,

Suite à vos nombreux messages, un petit mail pour vous rassurer.

Personnellement, tout va bien. Aucun dégât du côté de chez moi.

Nuri ne sera pas monté jusqu’à 10. L’alerte 9 aura été la maximale. Cependant, il laisse 70 blessés et 1 disparu derrière lui, ainsi que de nombreux arbres arrachés et des dommages mineurs à quelques buildings. 250 000 personnes ont par ailleurs été évacuées en Chine continentale.

 

Pour ma part, je dois juste avouer que, l’œil d’un cyclone, c’est quand même relativement impressionnant.

Le gris sombre, les vents tourbillonnants, les rues désertes, les arbres s’inclinant sous les rafales.  

Puis le calme, plat. Pas de bruit, pas de vent, le soleil. Quelques oiseaux, qui changent d’arbre, le temps de se réfugier un peu mieux. Le calme avant la tempête, véritablement. Quelques minutes de répit. Tout semble suspendu, entre deux, dans l’attente.

Puis le ciel redevient gris, lourd, chargé, et les vents hurlent aux oreilles. On ferme les rideaux, à nouveau, on se calfeutre, et on attend.

 

Je vous embrasse, je vais bien.  

August, 2008

Fantômes et esprits

Vendredi 15 août

Fantômes et esprits

Les cendres volent dans les airs. On sent cette odeur de souffre, âcre et caractéristique. L’odeur de pomme chaude et cuite, aussi. Tels des feux follets, les minuscules incendies égaillent les rues. Remontant à pied vers chez moi, je slalome entre les offrandes offertes aux esprits.

En ce jour de 15 août, nous entrons dans le mois des fantômes. C’est maintenant que sont relâchés sur terre les esprits retenus dans les enfers car ne recevant pas de culte, ou n’ayant pas trouvé la paix, pour cause de mort violente, ou de mauvaise conduite. Ce sont des esprits orphelins, des fantômes sauvages, à qui sont offerts des repas réconfortants et des cérémonies favorisant leur délivrance.

Ce mois des fantômes est dangereux. Surtout dans une rue comme la mienne, réputée pour être hantée. On risque de s’exposer aux mauvais tours de ces esprits torturés et tortueux. C’est tout le paradoxe de Hong Kong. Ce sont les esprits qui vous attaquent, jamais les vivants.

Et oui, je suis au boulot un 15 août. Parce que non, ici, le 15 août n’est pas un jour férié. Pour rester dans le ton du mois des fantômes, je vous maudis, d’ailleurs  Rire

August, 2008

De la question de la face en Chine

Vendredi 8 Août 2008

De la question de la face en Chine

 

Aujourd’hui, comme vous n’êtes pas sans le savoir, c’est le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques en Chine. Le 8 Août 2008, autrement écrit 8/08/08, une date hautement symbolique dans l’esprit des Chinois.

Avec un battage médiatique impressionnant, vivre ceci de l’intérieur est à tout vous dire impossible.

 

Personnellement, et pour vous la faire courte, je m’en bats les flancs. Je n’ai pas prévu de regarder la cérémonie d’une part parce que je n’ai pas la télévision chez moi ; et d’autre part parce que j’ai autre chose à faire un vendredi soir que d’aller me flanquer dans un bar blindé de Chinois et de Hongkongais survoltés par un ultra patriotisme qui n’évoque en moi que les platitudes désertiques des cerveaux lavés au Kärcher.

 

Ainsi, non, je ne regarderai pas. Et ceci me vaut l’ire absolue de mes collaborateurs et amis Hongkongais, qui prennent cette décision comme une insulte, voire même un acte de haute trahison.

Et quelque part, je peux comprendre leur point de vue. Etrangère, on m’accueille ici, et je me dois de me fondre dans la masse, car à Rome, on fait comme les Romains. Et j’ai beau jeu de me défendre en expliquant que je m’en triple contre tape comme de l’an 40 si eux avaient habité en France à l’époque des Jeux d’Albertville, et avaient fait le choix de ne pas les regarder, ces foutus Jeux.

 

J’en suis ainsi réduite au statut de « gwailo » au sens le plus négatif du terme (homme fantôme, en raison de la couleur blanche de ma peau). Mais non, je n’ai toujours pas envie de regarder courir partout ces petits bonhommes en mousse ridicules que sont les égéries du gouvernement central.

 

Propagande, je te dis « non ». Et « merde », aussi.

 

July, 2008

Partir. Revenir.

Jeudi 10 juillet 2008
Partir. Revenir.

Saccades incessantes de ma vie.
Ici. Là-bas.
Aller, venir, repartir, retourner, revenir, s'en aller.

Monter dans un avion, c'est comme monter dans le sas de sa vie. En apesanteur, en attente. Vers quelque chose. Depuis quelque chose. Pas vraiment nulle part. Mais pas vraiment ici. Entre deux. Destinations. Horaires. Vies ?

A travers le hublot, je me perds dans les reflets dorés des lumières de l'aéroport. Dans les gouttes de condensation sur les ailes de cet avion qui m'emporte. Me ramène ? Est-ce que le mot "rentrer" évoquera un jour un autre pays que la France ? Faut il des mois ? Des années ? Des décennies ? Une bonne raison, si ce n'est pas une question temporelle ?

Est-ce qu'un jour, on se retourne, et on voit le cheminement, la logique de sa vie, comme le trajet de ce vol, dessiné d'un trait grossier  sur l'écran devant mes yeux ? Le soleil couchant sur Paris. La tour Eiffel, vêtue de bleu. Pardon à tous ceux que j'aurais voulu voir. Ne serait-ce qu'une fois. Pardon à tous ceux que j'aurais souhaité revoir, encore.

J'arrive. Où ça? Ici. Mon ici, ou le vôtre. Un seul et même ailleurs.

May, 2008

Anniversaire

Mardi 13 mai 2008

Anniversaire

 

Une année entière.

365 jours.

Quatre saisons complètes.

 

Un an que je suis partie. Que je suis arrivée?

Un an que je suis "ici", "là-bas" pour vous. Subtilité langagière.

Un an que je travaille. Indépendance. Ou presque.

Un an que j'ai pris ma vie à bras le corps.

(Un an que je vous assome avec mes posts :)

 

Ce premier anniversaire me donne une sensation d’appartenance.

Cette ville m’appartient.

A moins que ça ne soit l’inverse ?

 

April, 2008

Politik fiction

Politik fiction

 

Sur le papier, Hong Kong est une Région Administrative Spéciale qui possède un gouvernement, élu au suffrage universel direct.

Sur le papier, Hong Kong possède des médias libres et indépendants, comme le South China Morning Post ; et diffuse de nombreux médias internationaux, comme Bloomberg, la BBC, ou encore TV5Monde, du groupe France Télévision.

Sur le papier, Hong Kong illustre brillamment la devise « Un pays, deux systèmes » chère aux dirigeants occidentaux.

 

Ce matin, TV5Monde ne diffusait pas. La petite chaîne française était remplacée par CCTV France. CCTV, c’est la chaîne publique chinoise, qui existe en de nombreuses déclinaisons.

Ce matin, la BBC ne marchait pas non plus.

 

Et la flamme olympique arrive dans trois jours.

March, 2008

Cluédo et satin rouge

Samedi 29 mars 2008
 
Cluédo et satin rouge
 
Vous connaissez le jeu "Cluédo"? Le principe: déterminer un ensemble de circonstances liées à la mort d'un personnage, ainsi que l'assassin bien entendu de cette victime désignée.
 
Bon, et bien, quand j'étais petite, j'avais ce jeu, mais en version VHS (j'aime bien dire VHS, par pur racisme envers le terme "vidéo", et par amour pour les acronymes à trois lettres, comme DVD, RTM ou PAM, pour lesquels mon lyrisme n'a d'égal que l'antipathie que j'éprouve pour les acronymes à quatre lettres, comme RATP, SNCF ou ANPE).
 
Et entre deux séquences présentant les différents personnages et pièces (dont Mme Leblanc, dans la cuisine, dont on pouvait deviner qu'elle était daltonienne - indice n°1 - au gros plan de la caméra sur ses chaussettes dépareillées), on voyait apparaître Mlle Rose, magnifique insulaire native de Bornéo, habillée de satin rouge.
 
Dans mon esprit de petite fille, Bornéo était donc associée au satin rouge, et au fume-cigarette que ladite Mlle Rose tenait du bout de ses longs doigts aux ongles laqués. Exotique et enivrante île de Malaisie, dont les couleurs chatoyantes en mon esprit concurrençaient les ors de la Chine quatre fois millénaire.
 
Et bien, sachez-le, la couleur de Bornéo n'est pas le rouge. Mais le bleu pur et le vert d'eau. Le chamarré des poissons tigres qui s'agglutinent autour de vos pieds. Le palpitant vert pomme des palmiers de la jungle bornéenne. Le vert de boue des varans qui vaquent, paisibles, dans les marécages. Le blanc piqueté de soleil des plages de sable fin. Les montagnes de chantilly que sont les nuages tropicaux. Déluge d'azur et de lumière derrière mes paupières closes.
 
Par ailleurs, et étrangement, ce qui restera aussi en mon esprit, c'est le noir, le sombre d'une soirée en bateau, sur une rivière malaise, au beau milieu de la jungle. Au milieu du noir de geais de la nuit tropicale, suspendus dans le temps et l'espace, clignotements dorés. Fireflies. Petits points timides et néanmoins bien visibles, dessinant très nettement les frondaisons massives des arbres, des lucioles, par milliers... Touches de lumière, touches de poésie, au coeur du sombre, de l'inconnu.
 
Comme la vie, quoi.
 
March, 2008

La technologie comme carcan moderne

Lundi 17 Mars 2008

La technologie comme carcan moderne

 

On ne peut pas dire que je sois anti-technologie. « Jeune génération », j’ai fait mon mémoire sur les blogues, je sais ce qu’est un fil RSS, j’ai un profil Facebook, je communique avec mes proches via Skype, webcam et msn messenger, je lis les journaux « on line », et je podcaste mes émissions préférées sur mon iPod. Je vis dans une cité de technologie, où les écrans géants de Queen’s Road diffusent les infos ou les derniers clips à la mode (de la Canto-pop généralement).

 

Donc non, je ne suis pas anti-technologie.

Mais quand on m’affuble d’un casque et d’un micro en plus d’être vissée face à mon PC près de 11 heures par jour, là, je dis non.

 

Parce que la technologie est d’ores et déjà un carcan moderne symboliquement parlant.

Quand je défragmente mon ordinateur le soir, ou que je dois finaliser une opération de ce type, la bestiole m’oblige à être physiquement présente pour valider les requêtes successives qu’elle me présente afin d’assurer le succès du processus. Et bien, ça me fait réfléchir.

Quand je me rends compte que mon téléphone portable n’a pas été éteint depuis les trois ans que je le possède (en dehors de quelques coupures liées au manque de batterie), et bien ça me fait réfléchir. Je veux dire, il est TOUT LE TEMPS allumé (ce qui ne justifiera pas vos appels intempestifs sur le coup des trois heures du matin, heure hongkongaise).

Quand je me rends compte que j’ai exactement 322 contacts en tout dans mon msn messenger, et que je connais en effet chacune de ces personnes (même si je n’ai pas parlé à certaines d’entre elles depuis facilement quelques mois), alors que je ne connais pas le nom de mon voisin (à ma décharge, l’ancien a déménagé récemment), et bien ça me fait réfléchir.

Quand je passe exactement 3/4 de mon temps dans un monde virtuel (que ce soit mes 11h par jour devant l’écran de mon pc pour le boulot, ou par la suite le soir sur msn, ou encore dans le téléchargement de vidéos – légalement bien sûr hm hm –), le dernier quart étant consacré à dormir, et bien, ça me fait réfléchir.

Quand je me rends compte que j’ai un animal de compagnie virtuel, à défaut, alors que j’oublie parfois d’arroser ma plante verte, bien réelle (pardon papa, pardon maman), et bien, ça me fait réfléchir.

La vérité s’abat sur moi de manière fracassante. Je suis une geek.

 

Et là, au boulot, on vient de nous installer Skype. Et la technologie devient un carcan moderne non seulement symboliquement parlant, mais aussi physiquement parlant. Je suis désormais reliée à mon outil de torture par trois fils, et ce 11heures par jour. Un pour le casque, un pour le micro, et un pour la souris. Trois de mes sens (la vue, l’ouie et le toucher) sont physiquement accaparés et reliés à mon extension numérique.

 

Et je vous raconte pas la galère quand je veux aller faire pipi, empêtrée dans mes fils.

 

EDIT: pour me faire l'avocat du diable (si, si, j'aime bien), faut aussi dire que la technologie a inventé le wireless. Nan mais.

 

 

March, 2008

Formules d'usage

Jeudi 6 Mars 2008

Formules d’usage

 

Ce qui est étrange, dans cette ville, c’est que les formules d’introduction et de politesse ne sont pas les mêmes qu’en France, entre Français. C’est une constatation liée au fait qu’Hong Kong est une ville de passage. De « turnover ».

 

Prenons le cas d’une conversation civilisée entre deux personnes ne se connaissant pas. La scène se déroule en France. Les dialogues sont évidemment légèrement caricaturaux, histoire que vous compreniez où je veux en venir.

 

- Bonjour, enchanté de faire ta connaissance. 

- Bonjour, ravie également. 

- Tu connais X par l'intermédiaire de... ? 

- De Y. 

- Ah cool. Et tu fais quoi dans la vie? 

- Du machin. Et toi?

- Du truc. 

- Sympa.  

  

Reprenons ces deux mêmes personnes, et plaçons les sur mon île subtropicale.

 

- Bonjour, enchanté de faire ta connaissance. 

- Bonjour, ravie également. 

- Ca fait longtemps que tu es ici?  

 

Alors, c’est ici que le dialogue part dans deux possibilités très divergentes. Si oui, ça fait longtemps, vous apparaissez comme un guide de voyage potentiel, ou à tout le moins, un pote de beuverie, qui connaît les bons coins. Si non, vous perdez très vite de votre intérêt. La question qui suit immédiatement celle-ci est :

 

- Et tu comptes rester longtemps?  

 

Cette question là est une question piège. Si vous ne comptez pas rester, mentez, car sinon il ne faudra pas s’attendre à ce que l’interlocuteur en face essaie d’accorder la moindre once d’attention, de patience, d’intérêt à votre personne. Parce qu’émotionnellement, ici, on ne s’engage qu’avec les gens qui restent. Et je ne parle pas d’amour, ici, je parle tout simplement d’amitié. A quoi bon s’intéresser à quelqu’un qui va vous quitter ?

 

Tout le monde ici a perdu, un, deux, cinq, dix amis.  Le « turnover » est intense. Et émotionnellement épuisant. Claire s’en va, normalement à la fin de l’année scolaire, pour aller enseigner à d’autres étudiants, dans un autre pays.

Et déjà, ça me fait mal au cœur.

 

February, 2008

Xin Nian Kuai Le - Kung Hei Fat Choy

Lundi 18 Février 2008

 

Xin Nian Kuai Le - Kung Hei Fat Choy

 

L'année du rat. Lisse en surface, agitée de remous dans ses profondeurs. Sérénité. Agitation. Célébrations partout, pour fêter la nouvelle année chinoise, débutée le 7 Février dernier, et donnant droit à quatre jours de repos.

 

L'odeur de poudre. C'est quelque chose d'étonnant. Si près du feu d'artifice (que je vous ai filmé), mes yeux sont éblouis, mes sens sollicités. La foule, masse vivante et uniforme, forme comme une houle autour de moi. "Ah", "Oh", onomatopées universelles... Je m'imprègne.  

 

Enveloppes rouges, données le lendemain. Elles contiennent toujours des billets, absolument neufs car fraîchement retirés à la banque, qui augmente toujours ses réserves de cash pour l'occasion. Les plus anciens, ou les couples mariés, donnent aux plus jeunes. Ces équivalents d'étrennes, mais distribuées dans des enveloppes rouges, ou dorées, ont la valeur symbolique de porter chance pendant toute la nouvelle année. J'obtiens quatre enveloppes rouges et une enveloppe dorée, bon quota pour une première nouvelle année.

 

Il est de coutume de "veiller la nouvelle année" le soir du Réveillon, et donc de se coucher le plus tard possible. Quatre jours de repos, un à s'amuser et à veiller l'année, un à marcher, et deux à dormir, voilà mon programme du Nouvel An.

 

Depuis le début de cette nouvelle année du Rat, les jours s'écoulent paisiblement. A moins que des perturbations ne soient en train d'en remuer les bas fonds à mon insu... Je me laisse porter, au gré du vent des amitiés et des voyages, je me laisse vivre. Non, pas de perturbations, je vais bien.

 

 

 

 
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